GUARBECQUE et son PATRIMOINE

L'ensemble du Patrimoine Guarbecquois

les 3 églises successives de guarbecque

La 1ère église 

On doit supposer qu’à la fin du VIIIème siècle (à fortiori si l’on admet l’existence à cette époque de Sainte Isbergue et de Saint Venant), l’évangélisation a dû contribuer à donner un grand essor à la vie chrétienne dans les environs et il est probable que ce ne fut d’abord qu’une humble chapelle en bois et torchis, comme il en fut souvent ainsi à la campagne. Les édifices en pierre étaient l’exception dans cette civilisation carolingienne (750-850) où le bois constituait l’élément le plus usuel, comme l’archéologie récente l’a prouvé.

 

La 2ème église

Au Xème siècle, après les invasions des Normands, ce fut une période d’abondantes constructions. Mais le bon acier manquait pour travailler les durs matériaux comme le grès, aussi les plus anciennes constructions qui sont parvenues jusqu’à nous sont plus grossières.

On retrouve donc à Guarbecque des pans de mur en grès brut de type Landenien qui ne semble pas pouvoir être postérieurs au XIème siècle et qui sont les restes d’une ancienne église : partie inférieure de la façade Ouest, bas de la chapelle Nord et des murs du chœur (existe-t-il alors un clocher ?… L’une des piles de la tour, visible à l’intérieure de l’église, du côté Est, est en grès du même type).

 

 

 La 3ème église

Terminée vers 1200, en pierre blanche (voir le croquis de l’église supposée de la fin du XIIème siècle en bas de page). Le clocher actuel, commencé vers 1100, est entièrement construit à cette date, la nef est basse, les chapelles Nord et Sud du transept sont à la même hauteur, il n’y a pas de bas-côtés. Cette église qui nous est restée en partie, fut classée (ou reclassée) le 15 mars 1909, suite à un vote à l’unanimité de la C.M.H. du P de C. et à l’intervention de l’un de ses membres à qui revient une large part dans la décision ministérielle. Il s’agit de M Camille Enlard (1862-1927) qui était venu à Guarbecque y préparer une partie de sa thèse. Il dit de l’église que « c’est un édifice unique dans le Nord de la France et l’un des clochers les plus beaux que nous ait légués la dernière période romane ». Cet historien, ancien élève de l’école des Chartes (ou il assura la suppléance de la chaire d’archéologie) et de l’école française de Rome, fut conservateur en chef du Musée de Boulogne, ville ou il naquit, et l’archéologue a dirigé les premières fouilles de Thérouanne en 1898. Directeur, à partir de 1903, du Musée de sculpture comparée du Trocadéro à Paris, il y fit carrière et atteignit la renommée internationale. Un nom qui mériterait peut-être d’avoir un jour sa place dans le village.

 

1ère transformation de cette 3ème église au début du XIIIème siècle

 (voir les croquis de l’église supposée après travaux en bas de page). C’est ici qu’intervient l’explication de Jacques Malbrancq, un père jésuite, historien du XVIIème siècle, concernant la guérison du fils du seigneur du lieu en 1208 : La chapelle (seigneuriale) au sud, et à la nef sont agrandies et surtout rehaussées jusqu’à masquer (hélas pour l’esthétique) les baies du 1èr étage de la tour. On note également que des bas-côtés en appentis étroits, qui prennent naissance sous la corniche, sont ajoutés à la nef.

 

2ème transformation de cette 3ème église au XVème ou XVIème siècle

(voir les photos de l’église aujourd’hui). La nef et les bas-côtés sont remaniés. L’église prend alors sa physionomie actuelle avec ses pignons transversaux qui correspondent aux travées de la nef. A partir de cette date, la corniche d’arcades qui faisait jusque-là le tour de l’église, n’est plus visible que sur le pignon de la façade ouest. L’église Saint Nicolas de Bapaume, construite de 1546 à 1622 et détruite entre 1914 et 1918, était l’un des modèles français des églises-halles à combles transversaux de type normand ou picard.

 

3ème transformation de cette 3ème église au XVIIIème siècle

 Nouvelle campagne de travaux après la construction de la sacristie en 1699. Nef et bas-côtés sont presque entièrement reconstruits entre 1702 et 1705 ; le curé de l’époque « donne à cet effet des sommes considérables ». Les façades latérales offrent alors une ordonnance mi-gothique, mi-classique : Gothiques, les pignons qui surmontent chaque travée ; classiques, les baies en segments d’arcs et les deux portails dont l’architrave repose sur des pilastres.

 Le clocher en pierre qui, selon Nord Roman, sans conteste le plus beau au nord de la Somme (il surclasse celui d’Angest-sur-Somme), est constitué d’une tour carré de deux étages et d’une flèche octogonale placée entre quatre pyramidons (ou pyramidions). Le tout y compris le globe, la croix et le coq au sommet, s’élève à 33 mètres de hauteur.

 Les deux baies qui, encore visibles de l’extérieur du 1er étage, côtés Nord et Est, sont en plein cintre tandis que celles du second étage, celui des cloches, sont doubles, ogivales et géminées. Les cloches étaient trois avant la Révolution, mais deux furent vendues en 1793 et une seule (probablement la plus lourde) fut en réalité descendue pour la fonderie. Les deux qui sont restées sont classées ; la plus considérable pèse 600 Kg et fut offerte en 1758 par l’avant dernier seigneur de Guarbecque, marquis de Lillers : Albert-François de Carnin. La plus petite fut vendue en 1694 par le chapitre d’Aire au curé de Guarbecque. Ce même prêtre a ensuite participé de ses propres deniers, à la reconstruction des nefs latérales en 1702 et 1705, comme écrit plus haut.

 

Divers de l'église

                   A l’intérieur de l’église :

         On retrouve au revers de la façade Ouest les énormes grès landeniens.

         Un lion en pierre (dont la tête a disparu), qui était placé depuis le XIIème siècle, à l’extérieur, en bas d’un rampant de la façade Ouest, est maintenant visible, comme témoin, contre le mur Sud. Le second, trop dégradé, n’a pas été conservé.

         Dans le transept, à droite, on trouve la chapelle seigneuriale et l’autel dédié à N. D. du Mont-Carmel depuis 1469. Après les guerres du XVIème siècle, la confrérie fut rétablie en 1609. Elle le sera de nouveau en 1804, « après une des plus cruelles persécutions ». Contre le mur de droite, sous la grande baie de style gothique flamboyant (dont le vitrail vient d’être restauré en éléments de verre soufflé à la bouche, sertis dans une résille de plomb), on remarque l’ancien portail d’entrée du seigneur. Un fragment de fresque, du début du XIIIème siècle, a été conservé dans l’angle à gauche : le Christ esquisse un geste de bénédiction ou de guérison vers un personnage qui semble être assis (peut-être a-t’on voulu commémorer ici la célèbre guérison de 1208   ?).

         A la croisée du transept, on trouve de riches consoles et chapiteaux, sculptés vers 1170. Ils sont pour la plupart bien conservés (6 sur les 26 ont cependant été restaurés entre les deux dernières guerres, et l’un de ceux-ci ne présente plus désormais sa signification symbolique originelle). Ces êtres fantastiques et animaux stylisés, assez éloignés du réel, sont d’influence byzantine. Les sculpteurs romans s’inspiraient alors du déjà vu, ou de tissus ou coffrets précieux rapportés des croisades. Selon Mgr Jean Lestocquoy, l’un de ces tissus, actuellement au musée de Sens (dans l’Yonne), représenterait « des oiseaux fort proches de ceux que nous voyons à Guarbecque ». On sait que le chanoine du chapitre de la collégiale de Lillers appelé Guillaume de Melun, fut nommé évêque de Sens le 12 février 1317. Ce tissu aurait-il pu « appartenir » à une certaine époque à la collégiale de Lillers et inspirer les sculpteurs romans de la seconde moitié du XIIème siècle…. ?

         Dans la chapelle du transept gauche, l’autel dédié au Sacré-Cœur depuis le XVIIème siècle fit place à saint Rock au début du XIXème siècle. « Pour le remercier de son efficace intercession » lors des épidémies de choléra qui sévirent dans notre région en 1803, 1832 et 1849. Celles-ci étaient transmises d’amont en aval par les eaux de la Lys (selon certains auteurs).

 

          Eglise supposée d'origine              Construction de la chapelle seignieuriale          Construction des nefs latérales

 

 

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