GUARBECQUE et son PATRIMOINE

L'ensemble du Patrimoine Guarbecquois

les inscriptions

Inscription classée, sur un contrefort du croisillon sud

Le peu qui se lisait encore en 1913, de ce graffiti (de 1435), presque effacé par le temps, a permis à la Commission des Monuments historiques du Pas-de-Calais de l'identifier.

La guerre de Cent Ans qui s'étendit en réalité sur plus de cent années (1337-1453), nous apporte ici, gravé dans la pierre, un témoignage de guerre civile qui se manifesta en Artois en août 1411 et se termina par "la paix d'Arras" en 1435.

L'église de "Garbecque" aurait-elle subi des dommages en ces temps de famine et de "peste noire" qui frappa l'Europe entière à partir de 1348 ? ...

D'après le rôle du cinquantième, on dénombrait 57 feux (environ 5 habitants par feu) au village vers l'an 1300, et on n'en comptait plus que 37 (feux) en 1469, soit moins 35% ... !

Durant cette même période, la ville de Gand passait de 80.000 à 45.000 âmes, soit moins 44%; à la suite de quoi toute la Flandre se mit à prier saint Gohard.

"Sur l'un des contreforts de l'église de Guarbecque, à côté de la sacristie, se trouve une inscription ou graffiti(1) en gothique carrée.

Ce graffiti se compose de deux parties: 1 °) Deux lignes en Français.

                                                                       2 °) Deux vers latins.

Le texte français se lit ainsi :

FUT LORSQUE GUERRA FINA (Ici deux mains et un trait vertical) ET

 DURA XXIIII AS ICHI CESTE PIERRE MISE . D. COLA

D. COLA doit être la signature de l'auteur. Le "C" est d'ailleurs incertain (on pourrait le confondre avec un D). Le reste de ce texte français n'offre rien de douteux; la lecture en est certaine. Le mot ANS est figuré par "AS", abréviation habituelle.

Quant aux vers latins, malgré tous nos efforts réunis, nous n'avons pas pu les déchiffrer. Voici ce que nous y lisons :


.IS  TECU........  SUSCIPE  EZ  REGIS 


ER  O  PHILIPP!  DE  ITER  IhS 

On reconnaît dans le premier vers les·mots "tecum, suscipe", et, à la fin, "regis",

Dans le second, "Philippi", et le monogramme du Christ, qui ne fait pas partie du texte, mais sert

à terminer la ligne.

J'ajoute que je croirais volontiers que ces deux vers sont léonins :

...  IS  REGIS  ;;;  ER  ITER. 

Mais quelle est donc cette guerre qui finit par avoir duré 24 ans ?

Les caractères de l'inscription avec les initiales onciales et le texte en belle gothique carrée, sans enchevêtrement ni excès d'abréviations, accusent la première moitié du XVème siècle. Il me semble donc que cette guerre doit être celle qui régna si longtemps entre la monarchie française et la maison de Bourgogne, et qui se termina, momentanément du moins, par la paix d'Arras de 1435.

Les hostilités auraient, d'après cela, commencé en 1411.

Le peu qui se lit de cette inscription latine viendrait à l'appui de cette hypothèse, les mots "REGIS" et "PHILIPP!" désignant Charles VII et Philippe le Bon.

Si cette conjoncture est exacte, nous serions en présence d'une inscription commémorative du célèbre traité d'Arras qui détacha la Bourgogne de l'alliance anglaise et pacifia tout le Nord de la France, hormis Calais.

R. RODIERE 9 janvier 1913

Après examen collectif sur place en compagnie de MM. Stienne, Justin de Pas, de Loisne, et Gates qui en a tiré une excellente photographie.

(1) Guillaume Apollinaire a tenté de franciser ce terme, sans succès durable.

Cette inscription se trouve sur le mur extérieur de l’église à 1.80m environ du sol coté Busnes, près du calvaire Rolin.

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